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HERBORISATION à Tourelle en Gaspésie

HERBORISATION à Tourelle en Gaspésie – Partie 1

Infolettre 20141216

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, je vais vous transporter en Gaspésie dans un endroit magnifique que je connais depuis 2010, soit sur le bord du fleuve Saint-Laurent, à Tourelle (Saint-Anne-des-Monts). D’abord, je vous présente un rocher spectaculaire appelé la Petite Tourelle, à cause de sa forme qui rappelle une tourelle de donjon. On peut observer plusieurs de ces formations à l’archipel des îles Mingan, la plus grande concentration de monolithes d’érosion au Canada. Le monolithe d’érosion solitaire la Petite Tourelle est une forme résiduelle que l’on trouve au voisinage des côtes calcaires.

herborisation Tourelle Gaspesie 94

Malheureusement, un pilier plus imposant, le rocher de la Grande Tourelle s’est effondré en 1982.

 

La falaise assez abrupte regorge de plantes alpines qui garnissent des coussins de matières organiques disséminées le long de la paroi rocheuse. Les plantes de bord de mer s’ancrent dans les interstices ou dans les galets grossiers pour résister aux marées. Tout ce monde botanique gagne difficilement sa place et sa nourriture.herborisation Tourelle Gaspesie

Saxifragacespitosa L. 1753
La saxifrage cespiteuse, la saxifrage gazonnante
Tufted saxifrage, tufted alpine saxifrage

Dans une partie de la falaise, la saxifrage cespiteuse formait de belles colonies.

Saxifraga cespitosa

Saxifraga cespitosa

La saxifrage cespiteuse est une plante herbacée vivace qui vit dans les régions nordiques et les zones montagneuses de l’Amérique du Nord, de l’Europe et de la Sibérie. Cette saxifrage peut atteindre 5 à 30 cm (2 à 12 po) de hauteur. Les feuilles, vert clair, forment une rosette basale très compacte. Le plant fleurit en juin, parfois en juillet. La fleur, variant du blanc au crème, apparaît au bout de courtes tiges.Saxifraga cespitosa

 

Primula laurentiana Fernald 1928
Primevère laurentienne
Birdeye Primrose

La primevère laurentienne est une plante herbacée vivace et alpine originaire de l’est du Canada (Terre-Neuve, Québec et Nouvelle-Écosse) ainsi que du nord-est des États-Unis (Maine). Cette espèce littorale maritime fait partie de la section Aleuritia du genre Primula. À la floraison, en mai et juin, cette petite primevère bien de chez-nous produit une ombelle de 3 à 12 fleurs lilas, jusqu’à 20 fleurs en culture. Un cœur jaune colore le centre des fleurs qui sont composées de cinq pétales. La tige florale peut mesurer entre 10 à 45 cm (4 à 18 po) de hauteur. La rosette de feuilles basales peut atteindre 10 à 15 cm (4 à 6 po) de largeur. Le revers des feuilles dentées de cette mignonne primevère est blanchâtre. Le sol idéal pour sa culture est un sol caillouteux. On peut la placer dans un endroit mi-ombragé ou au soleil. Cette plante est rustique jusqu’en zone 3.

Primevère laurentienne

Primevère laurentienne

Campanula gieseckeana Vest 1819
La campanule de Giesecke
Giesecke’s bellflower

Cette plante indigène, de la famille des Campanulacées, pousse généralement dans les fissures des rochers. On l’aperçoit fréquemment sur les rivages maritimes du fleuve Saint-Laurent. La campanule de Giesecke est indigène au Canada et aux États-Unis. Elle donne à la fin de juin et en juillet des fleurs bleu lavande en forme de clochette. Les fleurs sont composées de cinq pétales. Les feuilles basales sont rondes, ce qu’évoque le nom de l’espèce. Les feuilles de la partie érigée de la tige sont longues et étroites. Les tiges sont parfois si faibles, qu’elles plient comme si un poids les empêchait de demeurer érigées.

La campanule de Giesecke

Le plant peut atteindre 20 à 30 cm (12 po) de hauteur et 30 cm (12 po) d’étalement. Il est rustique jusqu’en zone 2. Le nom de l’espèce honore l’explorateur polaire allemand Karl Ludwig Giesecke (1761-1883) qui a séjourné sept ans au Groenland et a envoyé un spécimen de campanule au botaniste autrichien Lorenz Chrysanth von Vest (1776-1840) qui a identifié cette nouvelle espèce et l’a nommée en l’honneur de Giesecke.

Campanula gieseckeana

NOTES DE RECHERCHE :

La campanule à feuilles rondes de l’Amérique que nous appelions encore récemment Campanula rotundifolia L. 1753 a changé de nom. Elle est devenue Campanula gieseckeana. C’est le docteur Thomas G. Lammers du Département de biologie de l’université du Wisconsin à Oshkosh qui a établi ce changement taxonomique.

Il a d’abord traité la famille des Campanulacées en 2007 dans la publication suivante :

Lammers, T. G. 2007. Campanulaceae. Pp26-56 dans :The Families and Genera of Vascular Plants, ed. K. Kubitzi, vol. 8, Asteridae, éd. J. W. Kadereit & C. Jeffrey. Springler-Verlag, Berlin.

Ensuite dans la monographie World Checklist and Bibiography of Campanulaceae, publiée par les jardins botaniques de Kew en Angleterre en 2007, l’espèce gieseckeana est devenu le nouveau taxon pour la plante qu’on appelait en Amérique Campanula rotundifolia. Aujourd’hui, l’espèce rotundifolia est réservé à la campanule à feuilles rondes qui pousse en Europe, en Russie et dans l’est de l’Asie. Les études de Lammers ont montré que C. rotundifolia était paraphylétique (ses descendants ne provenaient pas tous d’une même souche). La population nord-américaine formant un groupe monophylétique, donc issu d’un seul ancêtre, méritait donc un nouveau nom. Les deux ouvrages de Lammers représentaient la monographie la plus complète de la famille des Campanulacées depuis 1839. En 2009, le botaniste W. N. Takeuchi a nommé une nouvelle espèce de Nouvelle-Guinée en l’honneur du docteur Lammers : Ardisia lammersiana.

Cryptogramma stelleri (S.G. Gmel.) Prantl 1882
La cryptogramme de Steller
Steller’ rockbrake, fragile rockbrake

Cette plante herbacée vivace de la famille des Pteridacées est originaire du Canada, des États-Unis et des parties nordiques de l’Asie. Elle pousse généralement dans les fissures des rochers calcaires, à l’ombre et dans un substrat humide. Le plant, au port rampant, est bien ramifié. Le feuillage de cette fougère meurt à l’été.

Cryptogramma stelleri

Ses feuilles trifoliées mesurent 5 à 18 cm (2 à 7 po) de longueur et elles sont légèrement penchées. Il y a des frondes fertiles et non fertiles : leur morphologie est différente. Cette plante peut résister jusqu’à -40°C. Le nom de l’espèce honore le botaniste allemand George Wilhelm Steller (1709-1746) qui a exploré la Russie et est considéré comme le pionnier de l’histoire naturelle de l’Alaska.

La cryptogramme de Steller

La falaise regorge de fissures et d’endroits humides où cette fougère peut s’incruster.

Polypodium virginianum L. 1753
Le polypode de Virginie, la tripe de roche
Rock polypody, American wall fern

Cette fougère appartient à la famille des Polypodiacées. Elle est originaire du Canada et des États-Unis. Le polypode de Virginie colonise les rochers secs recouvert d’humus et les escarpements rocheux grâce à ses rhizomes qui résistent bien à la sécheresse.

 

Cette petite fougère y forme un tapis dense. Ses feuilles, divisées en une seule fois, sont étroites et peuvent mesurer 8 à 25 cm (3 à 10 po) de longueur et 6 cm (2 ½ po) de largeur. Elles demeurent vertes toute l’année. Le plant, de croissance lente, peut atteindre 30 cm (12 po) de hauteur. La tripe de roche, se cultive à l’ombre, car elle déteste le soleil. Une bonne humidité facilite son développement. Selon Rousseau, le nom commun de tripe de roche, un nom bien de chez-nous, est difficile à expliquer «à moins que les longues racines traçantes de cette fougère ne suggèrent les tripes, c’est-à-dire les boyaux, dans le sens canadien du mot).

NOTES DE RECHERCHES :

J’étais certain de mon identification quand j’ai donné le nom de Polypodium virginianum aux photos de cette plante. Tellement, que je ne l’avais pas envoyé à mon ami Frédéric pour faire valider mon identification.

Comme je lui fais toujours parvenir mes infolettres «botaniques» avant de vous les envoyer, voilà qu’il me demande si je savais qu’il y a deux espèces de tripes de roches au Québec. Comme on dit : il n’y en a pas de facile avec Frédéric même «pour un taxon que l’on croit connaître» !!!

Je retourne donc sur le web pour aller voir ce fameux Polypodium appalachianum dont il me parle. Je consulte d’abord Canadensys et je vois bien que le nom de cette espèce existe et est accepté. En allant vérifier chez GRIN, je vois que cette plante a été décrite en 1991 par Haufler & Windham. C’est donc une espèce reconnue récemment qui vient m’embêter.Polypodium virginianum

 

Tourelle, La Petite Tourelle, le 1 juillet 2010

J’ai consulté ensuite les principaux sites qui parlait de ces fougères «jumelles».

Quatre caractères diffèrent entre les deux espèces : les pinnules, le limbe, la pointe des frondes et les écailles des stipes.

Pour les botanistes :

Premièrement, les pinnules, les subdivisions des frondes, sont plutôt pointues chez le P. appalachianum et arrondies chez le P. virginianum.

Deuxièmement, le limbe du P. appalachianum, la partie de la feuille située à l’extrémité du pétiole, est triangulaire et plus large près de la base, alors que le limbe du P. virginianum est souvent plus large au milieu (forme oblongue) et ses côtés sont plus parallèles.

Troisième caractère différent : les pinnules proches du rachis forment une insertion distincte sur le P. appalachianum : la pointe (apex) des frondes inférieures est encochée.

Enfin, toutes les écailles du stipe sont d’un brun doré et non bicolores, sur le P. appalachianum. Ce dernier caractère est le plus facile à observer et on peut le voir même si la fronde n’est pas entièrement déployée, comme dans le cas des crosses de violon du printemps. Les écailles ou stipules avec marges sont brun pâle et la rainure centrale brun foncé chez le P. virginianum. (Voir: http://hardyfernlibrary.com/ferns/compareSpecies.cfm?auto=2).

Cette page a été validée et améliorée par le botaniste taxonomiste Jean Denis Brisson. Jean dixit : je suis un ‘beautaniste taxonomiste’… assez bien conservé pour son âge que personne ne me donne en me voyant. Il se prend pour Linné parfois … excusez le. Polypodium appalachium

Polypodium appalachium au-dessus et P. virginianum au-dessous. Source : http://hardyfernlibrary.com/ferns/listSpecies.cfm?Auto=94

Polypodium appalachianum Haufler & Windham 1991
Le polypode des Appalaches
Appalachian polypody, Appalachian rock polypody

Polypodium appalachianum

On voit les écailles brun-jaune doré sur les stipes de 2 heures (entre celui d’une
heure et de 3 heures). P. appalachium.

Cystopteris bulbifera (L.) Bernh. 1806
La cystoptère bulbifère, la cystoptéride bulbifère
Bulblet bladder fern, bulblet fern

Certaines plantes sont faciles à identifier alors que d’autres demandent la connaissance de certains traits caractéristiques parfois difficiles à bien apprécier pour un amateur comme moi. Imaginez-vous lorsque nous essayons de donner un nom à une plante photographiée qui est presque la jumelle d’une autre espèce et qui fréquente le même habitat. C’est le cas de Cystopteris bulbifera qui ressemble beaucoup à Cystopteris laurentiana.

Lorsqu’on tente d’identifier une plante sur le terrain on peut consulter un livre sur place et tenter de trouver les caractéristiques sur la plante que nous photographions qui vont nous amener à identifier précisément la plante. Sur ma photo nous ne pouvons malheureusement trouver les éléments qui nous permettraient d’affirmer hors de tout doute l’espèce précise de cystoptère. Comme l’espèce bulbifera est probable, je vais décrire cette espèce. Mais sachez que maintenant, le botaniste Frédéric Coursol m’a permis de faire des recherches qui vont me permettre d’identifier ces plantes la prochaine fois ou du moins de repérer le plus d’éléments d’identification possible pour les discerner.

La présence de la cystoptéride bulbifère nous indique un sol calcaire, riche, frais à humide. Cette plante originaire du Canada et des États-Unis est considérée comme commune dans les falaises de calcaire. Rustique jusqu’en zone 3, elle forme de larges colonies. Cette fougère, au port étalé et retombant, peut atteindre 35 cm (14 po) de hauteur et 50 cm (20 po) d’étalement. Le pétiole est rougeâtre. La prochaine fois que je vais observer ce genre de fougère, je vais tenter de trouver les petits bulbes caractéristiques sur l’endos des feuilles. Certains plants de la colonie devraient présenter cette caractéristique dans le cas de la cystoptère bulbifère. La section la plus large de la feuille est au-dessus de la base de la feuille chez le C. laurentiana alors que la section la plus large est à la base de la feuille chez le C. bulbifera. Et dire qu’il y a deux autres cystopérides au Québec !!! Merci au botaniste Frédéric Coursol qui m’a guidé pour ce texte.

cystoptéride bulbifère

Ses feuilles minces et allongées font penser à des plumes qui jaillissent de la falaise où cette fougère se fixe.

Honckenya peploides (L.) Ehrh. 1788
L’honckénye faux-pourpier, la sabline faux-péplus, le pourpier de mer, l’honkénye fausse-péplide
Seabeach sandwort, sea purslane

Cette plante vivace, qui appartient à la famille des Caryophyllacées, pousse sur les plages maritimes de sable grossier, de galets et de rochers. On la trouve au Canada, aux États-Unis, en Europe, en Russie, au Japon et en Corée. Cette plante vivace très charnue est souvent appelée pourpier de mer. Elle tolère très bien la présence du sel. Ses tiges charnues sont généralement couchées et peuvent atteindre entre 10 à 30 cm (4 à 12 po) de longueur. La hauteur du plant peut varier entre 5 à 20 cm (2 à 8 po).

Honckenya peploides

Photo prise le 1 juillet 2010.

Ses feuilles vert jaunâtre, luisantes et succulentes sont opposées et semblent empilées les unes sur les autres. L’honckénye faux-pourpier produit en juillet et en août des grappes de petites fleurs composées de cinq pétales blancs qui dégagent des effluves mieilleuses. Le nom du genre honore le botaniste allemand Gerhard August Honckeny (1724-1805) qui est connu pour son Synopsis Plantarum Germaniae.

Honckenya peploides

Photo prise le 1 juillet 2010.

Mertensia maritima (L.) Gray 1822

La mertensie maritime
Sea lungwort, seaside bluebells

Cette plante de bord de mer est une petite plante herbacée vivace au port rampant. Elle est originaire de l’Amérique du Nord ainsi que de pays nordiques en Europe et en Asie. La mertensie maritime forme une rosette basale qui s’étale souvent sur les galets. Ses feuilles vert bleuté sont épaisses et recouvertes de pruine. Cette représentante de la famille des Boraginacées, donne des petites fleurs tubulaires qui sont d’abord roses en bouton et bleues lorsque qu’elles sont épanouie. Elles rappellent celles des pulmonaires. Cette mertensie fleurit à la fin du printemps et en juillet. En culture, elle demande certains soins. Cette plante se cultive dans un sol à tendance sablonneuse, toujours frais, mais jamais trop humide, dans un endroit lumineux ou mi-ombré. Le plant peut atteindre 12 à 15 cm (5 à 6 po) de hauteur et 40 cm (16 po) d’étalement. Il est rustique jusqu’en zone 3. Apparemment, les feuilles de cette plante comestible ont une ressemblance gustative avec l’huître d’où son som commun de plante huître en France.

Mertensia maritima

Plantago maritima L. 1753 (Syn. Plantago maritima subsp. juncoides (Lam.) Hultén 1949)
Le plantain maritime, le plantain joncoïde
Seaside plantain, goosetongue

Cette plante herbacée vivace appartient à la famille des Plantaginacées. Sa distribution est quasiment cosmopolite dans les régions tempérées et arctiques. Encore aujourd’hui, son appellation est controversée botaniquement et on lui a attribuée plusieurs noms. Le nom de l’espèce évoque le fait que son habitat se situe près de l’océan.

Plantago maritima

Chez-nous, le plantain maritime pousse sur les rivages rocheux de l’estuaire du Fleuve Saint-Laurent. Il se développe souvent au plein soleil dans les fissures des rochers. Le plantain maritime forme une rosette de feuilles minces et allongées de 10 à 25 cm (4 à 10 po) de hauteur et de largeur. Il produit un épi de minuscules fleurs jaunâtres qui peut mesurer entre 2 à 10 cm (1 à 4 po) de longueur.

 

Potentilla anserina L. 1753
La potentille ansérine
Common silverweed, silver-feather

Cette plante herbacée vivace, de la famille des Rosacées, est originaire du Canada, des États-Unis, de l’Europe et de l’Asie.

potentille ansérine

 

Elle donne de juin à août des fleurs solitaires jaune vif composées généralement de cinq pétales qui mesurent entre 1,5 à 2 cm de diamètre. Ses tiges stolonifères brunes sont couchées, un peu comme les fraisiers. Elles peuvent mesurer de 15 à 80 cm (6 à 32 po) de longueur. Les feuilles vertes de cette plante tapissante mesurent 10 à 20 cm (4 à 8 po) de longueur. Ces feuilles elliptiques aux bords dentés sont couvertes de poils, surtout au revers de la feuille. L’endos de la feuille est habituellement argenté. La potentielle ansérine pousse en plein soleil dans des endroits au moins légèrement humides.

Ranunculus abortivus L. 1753
La renoncule abortive, la renoncule avortée
Kidney-leaved buttercup, small-flowered buttercupRanunculus abortivus

Cette plante originaire du Canada et des États-Unis fait partie de la famille des Renonculacées. C’est une plante bisannuelle ou une plante vivace de courte durée. Très tôt au printemps, elle donne des petites fleurs composées de cinq pétales jaune pâle et de cinq sépales verts. Les sépales sont plus longs que les pétales. Les tiges donne d’une à trois fleurs terminales. Cette renoncule peut atteindre entre 15 à 60 cm (6 à 24 po) de hauteur. On trouve habituellement cette plante commune sous une ombre partielle.

Rock Giguère
2014-12-16